Saint-Jeoire

Je découvris assez tard la vaste maison de ma grand-mère paternelle. Un maelstrom familial, remuant furieusement la tourbe de maux sociétaux modernes, m’avait tenu à l’écart du creuset originel. C’était autre chose qu’un appartement exigu de banlieue grise. Établie sur les fondations d’une vieille grange bourrée de vaches et de foin, la grosse baraque savoyarde prit son allure contemporaine sous la supervision financière de mon grand-père drômois, heureux pharmacien.

Lire la suite

Rillieux-la-Pape

Petit, on m’emmenait souvent à Rillieux-la-Pape. Ma mère m’harnachait sur la banquette arrière ; je trônais sur mon rehausseur… Enfant content. Je me rêvais conducteur de bus ! Me croyant discret, je tournais un immense volent imaginaire et imitait les pets fréquents qu’émettaient ses gros engins. Je m’exerçais méthodiquement sur la route de Strasbourg. Ses zigzagues et ses ronds-points étaient un terrain de jeu appétissant. Le trajet s’achevait parmi les murailles de hauts immeubles terribles, monolithiques… Quel gigantisme ! L’avenue de l’Europe nous déportait jusqu’aux parkings toujours pleins. Derniers tours de piste… Une place ! Ma mère se précipitait, enfonçait la machine entre deux voitures inertes ; je dégazais une dernière semonce et libérais mes passagers irréels.

Lire la suite