Les évadés

Cédric n’avait plus de café ! « Scheiße! » se dit-il, reste très prégnant de ses nombreux séjours et stages en Bavière… C’était bien ce temps-là ! pensait-il en marchant gaillardement et en sifflant à tue-tête dans les couloirs de son labo. Il se sentait très en forme ce jour-là. De l’énergie à revendre… Mais très envie de café quand même. Il entra dans la cuisine de l’étage. Personne… C’était calme. Il jeta un coup d’œil à la grosse l’horloge ronde accrochée au mur. 9h23… Un peu tôt pour la première dose matinale…Il haussa les épaules et appuya sur le bouton… Brouhaha. Il activa la petite machine spécialisée dans la fabrication de mousse de lait. Pas à dire, le directeur de la petite boite de recherche pharmaceutique était un grand prince ! Quel confort… Cédric s’assit avec sa tasse immense débordant de mousse d’où sortait le doux fumet caféiné. Il ouvrit l’Équipe qui trônait en triple exemplaire. C’était celui de la veille : « Putain ! » lâcha-t-il en s’extasiant devant des scores étonnants des championnats de foot européens. Sa curiosité fut piquée par un article très détaillé et complet sur le Bayern Munich, club qui avait animé la plupart des discussions quand il pavanait dans la contrée idyllique. Il poussa de longs et sourds « Gut… » en constatant les miracles de cette escouade de millionnaires du ballon rond.

Sa tasse était vide. Terminé le remontant, il fallait retourner au travail ! Il allait lui tordre le coup à ce cancer du pancréas le valeureux Cédric. Il se leva, récupéra sa choppe ramenée encore une fois d’Allemagne, la remplit d’eau et amorça sa retraite allègre vers son bureau… Surgit la pétillante Sandra, secrétaire de l’entreprise. Une vieille amie du patron qui connaissait Xiapro mieux que personne. De loin l’employée la plus utile de la société, aussi concentrée à sa tâche qu’attentionnée. Une quinquagénaire toujours bien achalandée. Il la soupçonnait de s’envoyer quelques jeunots de temps à autre mais il n’avait jamais pu confirmer auprès de qui que ce fût cette légende fantasmagorique.

– Ah ! Salut Cédric ! fit-elle, se cognant presque dans le bon bougre à la musculature bien entretenue… Je te cherchais partout ! Tu n’étais pas à ton bureau… J’ai fait tout le labo, je suis même passée dans la réserve mais non ! Pas de Cédric ! Je pensais pas que tu prenais déjà ta pause-café !

– Certes ! c’est un peu tôt, renchérit-il, en posant sa main solide de gaucher pas contrarié du tout sur son épaule. Il lui sourit très aimablement pour lui signifier sa compréhension. Je retourne au boulot, t’inquiète !

Il voulut l’écarter gentiment de son chemin pour retourner dare-dare se fritter à des adénocarcinomes réticents. Ils pivotèrent, un peu complices et il se retrouva à l’orée de la cuisine.

– Les nouveaux stagiaires sont arrivés ! le prévint-elle.

– Ah ! Scheiße ! poussa-t-il, en se frappant très fort le front de sa main libre. Je les avais complètement oubliés !

– Ne t’en fais pas, ils sont encore en présentation avec Christophe. On doit leur faire remplir quelques documents… La routine quoi ! Ça devrait prendre un bon quart d’heure encore… Si tu les voyais, continua-t-elle en embrayant le pas tâtonnant de Cédric qui s’en retournait à son labeur tout en écoutant avec attention les nouvelles. Ils sont marrants. Tous un peu stressés et bien sages. Y’en a un qui pionce déjà ! Faut dire que c’est un peu chiant ce qu’il raconte Christophe ! Les autres sont bien concentrés… Mais lui – elle pouffa – sa tête dégringole toutes les cinq secondes… Regarde ! Il est complètement endormi là ! Tu crois qu’il ronfle ?

Elle lui montra Justin. Nouveau stagiaire débarqué ce matin-là. Effectivement, il rattrapait un peu de sommeil, confortablement affalé dans la salle de réunion, au nez et à la grosse barbe du patron Christophe qui, de sa profonde et tonitruante voix de basse reconvertie dans la recherche chimique, assénait de formelles explications aux jeunes têtes inconnues…

– Alors toi… Tu as Guillaume et Marine ! Sandra montra un jeune attentif qui masquait un bâillement de sa main et une belle blonde au petit nez espiègle…

– Ils ont l’air normal ! Qu’est-ce qu’on va faire de celui qui roupille ? s’enquit-il…

– Ça va lui passer ! Mickaël va s’occuper de lui… Bon ! Je file, je dois vous inscrire à une conférence au Japon. ‘Va falloir être bons les gars ! Besoin de contrats ! Ce fut au tour de Sandra de tapoter l’épaule de Cédric qui resta pantois quelques secondes dans le couloir… Tout n’était pas rose dans la petite start-up… Avant de s’éclipser, il jeta un dernier coup d’œil sur la chevelure blonde pleine de reflet assez chauds, très fauves… Une lionne à crinière ! Splendide… « Marine, hum.. ».

*                 *                 *

« Ils sont bons ces deux-là » s’insurgea presque Cédric… Il regardait ses deux stagiaires attitrés. À peine quelques minutes de formation… Et encore, il s’était surtout contenté de leur donner la myriade de tâches impressionnantes dont ils auraient la charge. Pas effarouchés ses débutants ! L’une par ambition, l’autre par… Cédric ne savait pas trop quel mot mettre… « Je-m’en-foutisme ?… Non. On dirait pas un branleur… ». Si l’on peut ici se permettre un petit aparté : le mot que cherchait Cédric était quiétude. Ou flegme… Question de point de vue. Nonchalance ! Mais ces mots ne résonnent pas beaucoup dans les murs d’une entreprise !

Cédric aurait aimé les aider un peu ! Qu’ils disent autre chose que « Parfait ! » et « OK… » quand il leur demanda de débuter les hostilités pratiques… Ils s’affairaient adroitement, l’un comme l’autre. Il zieutait un peu. Espérant une bourde, une petite erreur, un instant d’hésitation… Une question ? Non ? « Scheiße ! »… Il poussa un long soupire sonore que ses deux subalternes firent semblant de ne pas remarquer ! Il s’enfonça dans son fauteuil, croisa les mains derrière sa tête et garda cette posture de fausse décontraction quelques instants. Il lui fallait trouver une nouvelle molécule, pas trop loin du Fluoro-uracile, qui bloquât efficacement la réplication de ces salopes de cellules cancéreuses… Et quel cancer ! Le pancréas ! Celui dont le nombre de victime est plus élevé que le nombre des dépistés… On meurt avant de savoir qu’on l’a !… Pratique pour les familles… Moins de pataquès ! « Il avait un cancer ! » c’est mieux que « Il a un cancer ! » non ?… Trêve de philosophie ! Cédric empoigna sa souris et partit à l’assaut des affreux amas mortifères.

Sur un fond noir profondément uniforme s’agitaient des chaines d’acides aminés, des repliements, des spirales… Une vraie merveille graphique, colorée, mouvante… En trois dimensions ! Il tournait la protéine étudiée dans tous les sens. Les vecteurs s’agitaient et les bulbes hélicoïdaux vrillaient sous sa férule.  Il fouillait chaque recoin et s’attardait principalement dans une belle poche hydrophobe dans laquelle Cédric espérait imposer sa molécule favorite… Le Xia-5F. Quelle beauté ! Elle en déglinguait déjà pas mal des productions cancéreuses. Un miracle ! Vendue à un grand groupe, la molécule avait fait la notoriété de Xiapro au point d’en reprendre le nom. Grand marketing ! Et puis c’était une découverte cédriquesque ! Des universitaires avaient bien bandé sur cette nouveauté industrielle. Les branleurs… Cédric n’en pensait pas que du bien de ces fumistes planqués plus affairés à dispenser leurs cours et à courir la conférence !

Le Xia-5F offrait de belles promesses, des perspectives même ! Cédric allait-il en plus triompher du cancer du pancréas ?… Il deviendrait une légende ! Le chercheur qui trouve ! Le docteur qui soigne !

Le cycle aromatique et ses groupements top secret encombraient parfaitement la poche du site actif ! Les prévisions informatiques étaient formelles ! Cédric en bavait presque. Il se penchait sur son écran pour mieux distinguer la moindre interaction avantageuse ! C’était trop beau pour être vrai ! Il imaginait les dérivés : un ester, ce serait pas mal ! Un amide ? Pourquoi pas ! Un truc polaire c’est sûr ! Il était tout ému ! Quel génie ! L’excès de zèle le confortait dans ses choix… Distance des acides aminés aux groupements de la molécule… Surface hydrophobe… Il calculait tout. Il était quasiment sûr de lui ! En tout cas théoriquement, ça tenait la route ! Ça débroussaillait une piste claire, sans trop d’anicroches. Mains derrière la tête et grand soupir de satisfaction ! Quel pied le boulot !

Avachi dans son fauteuil, il observa un moment les petites mains qui s’activaient dans son labo. Dos-à-dos ils manipulaient dans leurs grandes hottes ultras modernes, propres, vastes, débordantes de fonctionnalités ! Quel luxe ! Ils ne papotaient pas beaucoup ! Discrets les stagiaires ! À leur décharge, ils venaient d’arriver. Se connaissaient-ils ? Cédric les aiderait à se dérider.

Content de son labeur, il s’accorda quelques minutes de rêverie oisive… Il fixait de biais, le cul de Marine,moulé dans son jean. Par un concours de circonstance délicieux, sa blouse d’apprenti chimiste était remontée comme elle se penchait pour changer régulièrement les tubes dans lesquels suintait sa colonne chromatographique… Elle avait attaché ses cheveux en un épais chignon de feu ! Une gerbe flamboyante de jaune et d’orange ! Du pur impressionnisme ! Était-elle teinte ? Non. Aussi colorée et intense fut cette coiffure, Marine n’arborait  que la beauté de ses gènes capillaires. Ses fesses étaient vraiment succulentes. « J’en ferais bien mon quatre heures, pensait paisiblement Cédric, toujours absorbé par la contemplation. Elle est bien bonne la petite ! Je pourrais la prendre comme ça, dans la hotte ! En lui agrippant le chignon ! Par derrière, elle doit en avoir une bien serrée ! Ou dans les fesses… hum… Si Nadine acceptait se serait pas mal !… J’ai des besoins moi ! Encore heureux qu’elle se laissait prendre au début de la grossesse ! Mais maintenant qu’elle est bien ronde, c’est « Pas touche ! » Et puis elle est tout le temps à la maison… Dur de tirer sa crampe. Ça me soulagerait un bon coup d’en envoyer quelques-uns dans cette petite salope… Elle doit savoir faire la coquine avec son air de poupée… Elle doit se déchainer, c’est sûr ! Est-ce que je tromperais vraiment Nadine, comme elle est enceinte ? Moins sûr ! Elle est indisponible en quelque sorte ! Faudrait que j’invite la petite à boire un verre cette semaine… En guise de bienvenue ! Elle n’y verrait que du feu ! Puis du foutre ! Haha ! Elle se prendrait un sacré déluge !… »

Le téléphone de son bureau sonna et il sursauta avant de se jeter sur le combiné. Il bandait fermement le bon gaillard. Dans une grimace crispée, il s’empara de l’appareil tonitruant :

– Hello !

– Was ?

– Cédric ?

– Ja !

– Arrête de parler Allemand ! C’est Dimitri !

– Ah oui ! Salut comment vas-tu ? interrogea Cédric, cessant enfin de se croire chez les Teutons, pour un moment.

– Très bien ! Très bien ! J’ai pas beaucoup de temps… Je t’appelle pour te dire qu’on a enfin un patient qui accepte de participer aux tests pour nos molécules !

– Ah énorme ! lâcha Cédric… On peut commencer quand ?

– Le type est plus très frais. On va faire au plus vite. On a besoin que tu expédies les nouvelles molécules à tester le plus rapidement possible. À vrai dire, je crains qu’il claque dans la semaine !

– OK ! On a du stock de Xia et quelques dérivés à tester et puis on va se dépêcher d’en faire le plus grand nombre.

– Parfait ! J’y retourne. Je vais préparer les procédures et les batteries de tests. Envoie le colis directement à mon nom… Ça attendra moins dans les locaux.

– Ça marche ! Merci. A plus Vladimir !

– Ciao Cédric !

Tout se goupillait parfaitement ! Un mourant allait subir les tests des nouvelles molécules. Directement, sans les fatras de certifications et d’essais préalables. Ça relevait du miracle. On en trouvait de moins en moins des agonisants assez courageux pour supporter quelques pilules ou piquouses. Dommage, car leur contribution avait permis de faire surgir un grand nombre de nouveaux médocs contre le cancer. Le Xia-5F n’aurait jamais émergé sans un téméraire octogénaire à deux doigts de passer l’arme à gauche dans son brancard d’hôpital. Par chance il était déjà chauve ! Il n’avait perdu que ses sourcils ! Et tout le reste de ses poils… Mais rien d’autre ! Bénéfice risque ! Les poils ou la vie ! Avec un peu de chance, ça marcherait aussi bien et Xiapro pourrait se targuer de lancer une nouvelle molécule destructrice de cancer !

Repris par la fougue créatrice, Cédric s’arma à nouveau de son combiné et appela derechef des partenaires universitaires… Tonalité… Il tomba sur Isabelle, une chercheuse qui n’avait jamais rien trouvé. Un peu pressé mais toujours affable, il lui demanda pourquoi Khalil ne répondait pas.

– Oh…Il est en congé ! expliqua Isabelle, naïvement. Il a pris la semaine pour avoir trois semaines de vacances… Avec celles qui arrivent pour Pâques. Il est au Maroc, je crois. Tu vas avoir du mal à le contacter…

Cédric était interloqué. Il en perdait son Allemand ! Ca fusait : « Mais pourquoi me tutoie-t-elle ? Elle me prend pour un stagiaire ? Cédric ça fait pas si jeune que ça ? Et pourquoi le responsable d’un projet en collaboration avec une entreprise se barre comme ça ? Sans prévenir ! Pas même un mail ! Quel enculé ce vieux Marocain… Ah ça pour donner des cours ! Et partir en vacances ! Mais faire avancer son schmilblick ! Ah ! Les chercheurs… Des poussiéreux ! »

– Je peux avoir Sylvie alors ? S’il vous plait ! Elle doit être au courant des avancées du projet normalement…

– Elle est en cours de chimie médicinale et ensuite elle a des tps jusqu’à 18h… Tu veux que je passe un message ?

– Non ! Ça ira merci.

Cédric cacha difficilement le vert de rage qui rougissait son visage paisible d’ordinaire. Il raccrocha le téléphone sans plus perdre de temps avec cette incompétente nageant béatement dans ce cloaque de paresseux toujours affairés à ne pas travailler. Cédric nota sur son post-it : UNIVERSITE CLERMONT-FERRAND !!!!!!!!! On pourrait avancer qu’il désirait mettre fin à ce partenariat peu prolifique. Khalil l’imbécile serait bien embêté de ne plus pouvoir occuper stagiaires et thésards sur ce projet qu’il ne maitrisait pas. Il ne maitrisait rien. Quel nigaud ! Il avait poussé la faute professionnelle jusqu’à appeler Cédric en pensant que c’était son garagiste. L’abruti avait un problème de soupape sur sa moto… Pendant quelques minutes Cédric avait réussi à faire durer le quiproquo pas drôle du tout…

Un voile d’inquiétude brouilla son regard. Sa rage se dissipa en une légère appréhension. Les feignasses auvergnates seraient évidemment incapables de rien produire dans les délais raccourcis par cette urgence agonique ! Il fallait réagir et vite. Trouver une parade, une solution !

– Marine ! Guillaume ! Vous pouvez arrêter un instant ce que vous faites ? Je dois vous expliquer un petit problème…

– Tout de suite ! Glapit Marine.

– Un instant… dit Guillaume, qui termina de déposer ses spots sur sa CCM ! (Chromatographie sur couche mince) Il glissa ensuite sur son tabouret pour s’inclure dans le conciliabule déterminant.

Cédric se lança dans une longue peinture de ses ennuis du jour et, avec force détails, parvint à bien leur faire sentir son désarroi. Il avait besoin d’eux.

– Je vais vous donner rapidement quelques molécules à faire, les plus prometteuses, que j’ai trouvées tout à l’heure… Regardez !

Il leur tendit à chacun quelques feuilles représentant les réactions à produire.

– C’est pas bien dur, vous verrez ! On va substituer quelques groupements et on testera ça au plus vite sur le malade… Si on peut tout boucler ce soir, ce serait parfait ! Je vais vous donner un coup de main ! Ça tombe mal que ce soit votre premier jour !… Mais si on parvient à produire les molécules au plus vite on pourra éviter de faire ça sur des souris, des rats… Il y a des chiens et des singes ensuite… Peut-être d’autres ! On en a quelques-uns ici, dans le labo de biologie. On fait nos propres tests. Un peu à la bonne franquette… Mais ça aide bien !

– Énorme ! conclut Marine, très enthousiaste à l’idée de découvrir tôt ou tard tous ces processus pour la validation des médicaments.

– Allez ! C’est parti ! sourit Cédric en faisant claquer son gant en nitrile qu’il venait d’ajuster.

Les troupes étaient remotivées. Il s’occupa principalement d’aider Marine parce qu’elle céda légèrement à la pression de cet exercice de rapidité. Cédric les poussait à fond. On courait au spectromètre de masse, on usurpait les premières places… Urgence oblige ! Les synthèses furent achevées sans anicroche ! Facile ! Variations sur un thème. Et puis ensuite la purification ! Trois colonnes chromatographiques en parallèle ! Il se téléportait d’une paillasse à l’autre… Tournait un robinet dans la hotte de Guillaume, se saisissait de quelques tubes chez Marine, partait analyser. Le plaisir pratique ! Ça lui manquait, lui qui maintenant gérait des projets. Le cerveau qui fait travailler les petites mains… Il offrait une première journée très intense à ses deux stagiaires. Quel baptême du feu ! Après ça plus de déluge ! Ils seraient parés à toutes les épreuves… Des experts en une journée ! Tout le monde sortirait gagnant de cet après-midi surchargé. Cédric positivait, rassis à son bureau après cette débauche manuelle. Il prépara l’expédition tandis que les jeunots assommés par la tâche presque accomplie en terminaient avec les pesées et mises en flacon.

Une collection de minuscules tubes scellés par leur capuchon vint se déposer sur son bureau. Le duo de stagiaire avait merveilleusement œuvré. Deux boîtes d’un rouge vif rassemblaient une délicieuse déclinaison de blancs. Poudres neigeuses scintillantes, pétillants sables à peine jaunis, crèmes d’un beige subtile. Cendres d’une pureté étincelante. Cédric s’extasiait en vérifiant les rendements annotés consciencieusement. Son équipe avait frôlé la perfection… Quelques réactions montraient des complications compréhensibles. Rien d’alarmant. L’essentiel était là : vingt dérivés du Xia-5F propres à plus de 99%, en quantité suffisante pour réaliser toute une batterie de tests sur le cobaye mourant.

Il ne manquait plus que l’étalon ! Pour récompenser ses ouvriers, il les invita à le suivre dans la réserve, immense frigo aux étagères remplies d’anciennes promesses de guérison. Pressés par le froid givrant de la salle conditionnée à un degré Celsius, les explorateurs chimistes ressortirent rapidement avec une capsule du fameux sésame. Direction : le laboratoire de tests. Cédric se sentait l’âme généreuse. Il allait offrir aux deux novices un panorama complet de la grandeur de la petite entreprise. Tout était paré pour un envoi à Dimitri mais Cédric, impatient, allait prétexter le partage de connaissance pour prendre les devants.

– Je vais vous montrer comment on réalise un test in vivo… Vous allez voir, c’est super intéressant, tonna-t-il en les guidant dans les couloirs au vert aseptisé et froid.

– Cool… miaula Marine, tandis que Guillaume leur emboitait le pas, paisiblement.

– Comme il est un peu tard et que vous avez bien bossé – Cédric leva un pouce affirmatif et franc, conjugué à une moue démontrant un respect total – on va se contenter de faire un test avec le Xia’. Ce sera rapide… Une vieille souris possède le même genre de tumeur que celles trouvées dans le pancréas humain. Une aubaine !… Il égrainait les explications procédurières en entrant dans le laboratoire.

– Mais c’est une vraie ménagerie ! sursauta Guillaume.

– Ah oui !… On a un peu de tout ! expliqua Cédric, refermant débonnairement la porte sécurisée… Une partie de notre activité consiste à effectuer des essais pour les entreprises qui gravitent dans les parages. Ça paye plus sûrement que la recherche de médocs !…

– Il y a des singes ! couina Marine en s’éloignant de leurs immenses cages. Les primates la toisèrent d’un air amorphe. Ils se grattouillaient paisiblement.

– Oui ! On peut même se targuer d’avoir un gorille ! C’est unique dans la région ! Regardez ! Il vous fait coucou !

En effet, le roi encagé levait régulièrement la lourde paume appesantie sur son ventre replet. Il étudiait les trois blouses blanches d’une vague lueur triste, les gratifiant de ce salut placide. Trois chimpanzés grattaient machinalement la paille de leur cube ; un deux s’était fait une moustache d’une brindille. Distraction patibulaire… Il trônait misérablement sur ce zoo médicalisé. Le soleil amorçant sa chute quotidienne inondait le laboratoire abandonné par les plus zélés préparateurs. Les persiennes diffractaient ses rayons tardifs et orangées, sciaient les murs nacrés. Une douce chaleur animait la pièce désertée… Accalmie. Les animaux comptaient leurs poils, profitaient de l’ennui. Ils verraient un nouveau jour et toutes les craintes qu’il éclairerait. Les grands singes, en rangée de cages, frôlaient l’assoupissement quand le trio scientifique fit irruption dans leur havre désespéré. En face d’eux, les longues paillasses et hottes sophistiquées, précautionneusement rangées, gardaient les caisses de mammifères plus petits. Elles accueillaient principalement souris et rats, habitants fameux des cavernes alchimiques modernes. Au bout du large chenal ceinturé par les deux attractions zoologiques siégeaient encore quatre enclos fermant la perspective. Leurs vitrines striées de tubes inoxydables ne proposaient comme distraction qu’un petit agneau endormi. Blotti dans sa tiède paille, Barnabé le leucémique dormait d’un juste sommeil. Le lendemain lui promettait quelques piqûres expérimentales…

Les laborantins vespéraux s’attablèrent devant le parc à souris. Un joyeux antre où grouillait des dizaines de rongeurs affairés… Elles s’éparpillaient, se culbutaient, roulaient les unes sur les autres, dans des couinements incessants et fébriles. Le savant docteur traqua sa proie… Une vieille souris grise trottinant difficilement dans cette cour bondée. Il lui fallait constamment enjamber un bubon teigneux… L’excroissance abdominale alourdissait sa démarche. Ses vives comparses l’évitaient habilement. Elle claudiqua gauchement, animée d’une frénésie suraigüe, lorsque Cédric tendit ses immenses mains gantées. Sa maladresse, rendant ses trajectoires quasi probabilistes, ne l’empêcha pas d’être pêchée par les grappins puissants.

– Voici Caducée ! fit-il, le sourire peint sur le visage… C’est un vieux mâle avec un bel adénocarcinome. Je vais lui injecter quelques milligrammes de produits dissous en solution physiologique…

-Pourquoi la tumeur est-elle externe ? interrogea Guillaume avec une grimace dégoûtée…

– Oh… On lui a administré des cellules cancéreuses… Tumeur maligne humaine, tout droit extraite d’un pancréas mourant… Mais un stagiaire n’a pas piqué au bon endroit… Je crois que la protubérance est coincée entre son foie et une côte… Il y a tout de même un avantage… On a pu faire grossir la tumeur sans que l’hôte succombe… Aucun de ses organes vitaux ne semble endommagé… Drôle de symbiose ! conclut-il en auscultant la bête.

– Mais quel est l’intérêt ? demanda Marine. Comment les expériences peuvent-elles fonctionner ainsi ?…

– Ah !… Bonne question ! Les cellules d’une tumeur restent les mêmes. Quelle que soit la taille. Reproduction express !… Observer une rémission de ce monstre serait miraculeux et vraiment prometteur !… Je vous montre !… Un instant… Comme il n’y a personne, je vais opérer. Docteur Cédric !…

Il déposa la pustule animée dans un bol, premier récipient qui lui passa sous le nez. Perdue dans la céramique glissante, la bestiole se tut sagement. Supplice en attente. Sous les yeux curieux des apprentis, le maître fit patauger son inénarrable Xia-5F dans un solvant adéquat. S’interdisant toute paresse, il occupa les quelques minutes de dissolution doucement agitée en présentant le dossier médical de son patient poilu. On y décela même une photographie de scanner. La tumeur aspirait l’image comme un trou noir biologique. L’excroissance gonflait la peau, éparpillait les poils de Caducée. Le cancer allogène cohabitait froidement avec son hôte.

Cédric s’arma d’une seringue, d’une aiguille et assembla le tout. Il aspira le mélange fluide jusqu’à ras bord. Comme dans les stupides séries hospitalières, il fit gicler une gouttelette, expulsant les éventuels microlitres d’air piégé. Décidé à prouver l’utilité merveilleuse de son brevet, il s’empara de la souris emprisonnée dans son bol :

– C’est parti ! jubila-t-il en empoignant la bête. Il la posa sur un autel médical de porcelaine froide. La hotte s’activa et son ronflement inépuisable se régala d’hypothétiques miasmes. Je vais piquer Caducée en intraveineuse au plus près de la tumeur pour être certain que le produit inonde bien la tumeur. Demain matin et demain soir, on passera notre ami au scanner et mesura ses données physiologiques… La routine quoi ! On n’oubliera pas la biopsie… On comparera la taille de la tumeur et on vérifiera la bonne santé de notre vieille branche !… Mais je suis positif !… Le Xia-5F ne cause pas de dégâts ! Enfin rien de grave. Quelques pertes de poils, des saignements sur les corps affaiblis… Au pire des ecchymoses… Les animaux ne comprennent pas très bien qu’il est sage de se reposer après une injection…

– Mais, vous ne l’endormez pas ? s’enquit Marine… Un peu rebutée par la brutalité sémillante de son chef.

– Pas le temps ! Pas la peine ! éluda Cédric d’un geste évasif de la seringue… Il émergea de la hotte et se fendit de nouvelles explications doctes… Il commence à se faire assez tard et je n’ai pas d’anesthésiant sous la main… La souris est docile. Je pense qu’elle est assez fatiguée pour que je puisse la piquer précisément, sans anicroche. Et puis, il ne faut pas perdre de vue que les molécules qu’on injecte peuvent interférer… En bien, rarement ;en mal, souvent. Mon espoir est de simplement observer une rémission, même assez maigre, sur la tumeur de Caducée… Ça nous permettrait d’y voir un peu plus clair et d’attendre plus sereinement l’’étude de Dimitri. Tous vos dérivés achevés cet après-midi sont prometteurs… Mais nous n’avons encore jamais effectué d’essais sur le cancer du pancréas. Ce serait une belle première…

– Mêêêh !

– Oh qu’il est mignon ! s’écria Marine, en se penchant vers Barnabé. L’agneau paissait devant son enclos grand ouvert. La jeune stagiaire aux cheveux brûlants l’invitait à la rejoindre, comme on attirerait un chien bien éduqué.

– Mais que fait-il dehors ?! cria un Cédric inquiet et décontenancé… Récupérez-le et rentrez-le dans sa cage s’il vous plait !… Ah ! Scheiße ! hurla-t-il…

Caducée venait de le morde ! Il lâcha sa proie, par réflexe plus que par douleur, frénétiquement agitée. La souris valdingua, suspendue dans l’air et dans le temps. Pendant les deux secondes que lui offrit la gravité implacable, elle accapara les regards. Tous suivirent sa parabole funeste…  Elle s’acheva en un couinement bref, ravalé… La tumeur du nez moustachu éclata… Déchirement sanguinolent…  Une giclée affreuse tachait le sol désormais maculé. Le carrelage blanc magnifiait les caillots cancéreux ; les globules éparpillés, noirâtres. Des bulles d’air coagulaient dans le magma glacé…

– Elle m’a mordu la conne ! fit Cédric, tout étonné, affichant un début d’énervement… Elle a dû crever, en plus ! Quelle poisse !

– Pas du tout ! s’indigna Marine. Regardez ! Elle bouge encore…

– Mais la tumeur a éclaté ! C’est affreux !… On est dans de beaux draps !

– Bien crados… marmonna Guillaume.

– Quoi ?! vociféra Cédric, qui n’avait pas démêlé le charabia de son subalterne… Raah… Voyez un peu cette horreur !… Ça fout en l’air tout mon test ! On va pas avancer ainsi !… Je vais ramasser ça et voir ce que je peux en tirer…

Le bon bougre s’abaissa rapidement et commença à triturer la scène de crime ensanglantée. Il lui fallait sauver la protubérance ventilée aux quatre coins d’un grand carreau luisant. Rendu maladroit par la précipitation, il ne savait comment terraformer l’ancien conglomérat. Prométhée timoré. Puzzle tumoral. De ses grandes mains, il essaya d’assembler gauchement des fragments incompatibles, mous et rugueux à la fois. Suintant la mort, éponges rendant l’âme…

– Mais arrêtez ! s’agaça Marine qui bouscula l’homme affairé. Vous voyez bien qu’elle est encore vivante ! On ne va pas récupérer la tumeur… Enfin ! Son ire avait repoussé Cédric. Debout, interloqué et dépassé, il observait la jeune femme nettoyer difficilement un Caducée mal en point de côté…Détermination étonnante !Mademoiselle voulait sauver le rongeur agonisant.

Pendant que l’attention était accaparée par le mulot enragé, un chimpanzé, celui à la bacante désormais rasée, s’occupa de rentrer dans les bonnes grâces de Guillaume. Tiré de sa méditation ennuyée par tout ce remue-ménage déplorable, il répondit par un salut amical de la main à l’apostrophe simiesque. L’enfermé pointait avec véhémence le coin de sa porte… Le cadran ?… Non… L’autocollant sécuritaire ?… Non plus… Quoi donc ?… Pas la poignée ?… Et si !… L’hominidé poilu approuva avec énergie le dernier regard interrogatif de son comparse imberbe. La devinette était résolue… Restait à obtenir l’approbation du flegmatique humain. Ce dernier obtempéra, sans supplication supplémentaire…

Cédric fut tétanisé d’effroi à la vue de cette conspiration ourdie contre son autorité… Ressaisissant son encéphale ensuqué par la tournure rocambolesque des évènements, il entreprit d’aller annihiler le complot avant son éclosion. C’était sans compter sur la pugnacité de Barnabé. L’agneau évadé l’attaqua derechef, rendant difficile toute progression dans le laboratoire. Cédric tenta de chasser l’encombrant jeunot comme on écarterait des mouches. Il secoua machinalement sa jambe accaparée. Son objectif était de prévenir la libération des singes… Il avançait lentement, alourdi… On l’aurait dit perdu dans un cauchemar, incapable de progresser dans son purin. Sa jambe était immobilisée par la morsure tenace du mouton bêlant !… Il écumait de rage, incapable d’ôter ce boulet mobile…Fardeau glissant sur le carrelage mais trépignant de tout son petit corps leucémique pour retarder le bipède tortionnaire…

Guillaume ouvrit la boite de Pandore en tournant le verrou… Aussitôt le chimpanzé enfonça la porte de sa cage et se mit à jungler dans toute la pièce… Il sautillait partout, s’agrippant aux coins de tables, aux rebords des paillasses, aux tuyaux d’aération… Prenant soin de narguer le solide Cédric toujours ancré au milieu de la pièce, il ouvrit rapidement les cellules de ses deux frères et celles du gorille… Les hourras hurlant des congénères inondèrent la salle déjà saturée des stridences de ce cirque improvisé… La meute surexcitée entreprit une danse contemporaine très réussie… Virevoltant, tempête de folie, ils éclatèrent verre et barreaux… Explosion de flacons, déluges de solvants… Inondation !… Le gorille dodelinait dans la pièce… Il renversa les caisses de rongeurs de laboratoire qui s’égayèrent à travers la pièce. Le sol grouillait… Crépitements… Les griffes rebondissaient et grinçaient sur la faïence… Bientôt, les bains chloroformés plein d’éther assommèrent la piétaille agitée… Elle se contenta de barboter, procession éthylique… Le gros bras des primates repoussa vertement Marine et Guillaume dans un coin… Il les souleva comme des fétus de plume. Les stagiaires tétanisés furent déposés près d’une fenêtre, sur une table… Leurs corps manipulés avec fermeté culbutèrent l’attirail de boites de cultures biologiques, de produits chimiques colorés… Les sucres et autres protéines se répandirent en nacres blanches dans les fluides volatiles… L’air se chargeait de volutes asphyxiantes… Le gorille autoritaire intima l’ordre à ses deux otages de demeurer sur place. D’un doigt vindicatif, allié à une moue sévère… Marine hocha frénétiquement la tête, affichant un visage effrayée et Guillaume leva les deux mains en signe d’abandon… Ils obtempérèrent, pas mécontents de ne pas être plus malmenés.Avant qu’il ne les laissât, Marine déposa Caducée dans la paume martiale de leur geôlier… Il se détourna. Son ire bouillante cibla Cédric, pataugeant dans quelques millimètres de flots brumeux. Le colosse primaire écrasa son énorme poing sur sa tête. Il put compter quelques chandelles enflammées… Il cria de douleur et se massa la tête. Il se recroquevilla, de peur de prendre d’autres châtaignes sans sommation. Profitant de sa détresse, le trio de tarzans s’attaqua au malheureux. Malins comme des hommes, ils l’enroulèrent dans du film plastique trouvé dans un tiroir défoncé… Ça hurlait de rire… Ils se refilèrent le tube et saucissonnèrent le docteur à la science impuissante. Ils étouffèrent intelligemment ses hurlements de protestation stérile en le bâillonnant. Les derniers mètres de plastoc recouvrirent sa bouche. Cédric éructa, rouge, prêt à exploser… De la salive et de la morve bulleuse dégoulinaient sur ses chaines modernes.

Le gorille attrapa Barnabé… Mêêh de remerciement… Il le cala sous son aisselle. Dans son autre main souffrait Caducée, s’accrochant toujours à la vie… Naufragé entre deux eaux. Les trois chimpanzés chargèrent la momie polymérique sur leur épaule et claudiquèrent dans le sillage du frère entreprenant. Celui-ci défonça d’un énergique coup de coude la porte mal fermée du laboratoire… Les animaux libérés s’échappèrent prestement. Leurs comparses rampant sentirent l’air frais et nagèrent, au bord de la nausée, hors de cette prison cancérigène…

L’équipée folle en partance pour un pique-nique géant envahit le couloir principal… Direction la sortie ! Le bout du tunnel infernal… Les derniers humains affairés se précipitèrent pour voir défiler le cortège maladroit. Christophe, le directeur, sortit en poussant ses grandes vociférations chorales… Il ravala son Siegfried… Son cœur s’emballa… La crise qui le guettait prétexta de ce forfait irréparable pour emporter sa santé fragilisée par les excès et le stress… L’ours barbu et jovial s’écroula dans les bras de sa secrétaire hurlant au secours… Son myocarde ne supporta pas la mise à mort de son entreprise… C’était la faillite assurée. Les derniers employés eurent la présence d’esprit d’assister leur patron défaillant et abandonnèrent Cédric, transbahuté cahin-caha par ses tortionnaires.

La cohorte évadée ne prit même pas le temps de savourer sa liberté. Mue d’un esprit de corps étonnant, guidée par une boussole atavique, elle sillonna l’ouest lyonnais avec une discrétion bienheureuse. Elle escalada les rocades de béton, échappa aux dalles de ciment où le camouflage serait difficile. La troupe se faufila par bois et clairières sporadiques, évitant parkings inhospitaliers et avenues d’arbres curieusement rangés. Une bonne étoile facilita cette Odyssée maladroite…

La ménagerie bivouaqua dans les parages de l’île Barbe, sur les bords presque intimes de la Saône. Les animaux, camouflés dans un bosquet bienveillant, déposèrent leur prisonnier. La soirée tiède sonnait aux clochers environnants… Les singes confectionnèrent un radeau de fétus, de branches et racines… La réunion des mammifères souffreteux organisa la remise en liberté de l’otage toujours agité. Il maugréait, se contorsionnait dans son plastique. Il roulait comme un ver en cage, coincé par deux troncs judicieusement utilisés, chaque roulade lui infligeant un coup de racine dans les côtes. Il récidivait pourtant…

*                 *                 *

Solidement fixé sur son embarcation craquante, Cédric ne put que baver de rage et de désespoir. Les singes l’encadrant cérémonieusement retenaient la barque léchée par les courants boueux de la rivière nonchalante… Barnabé s’approcha : il poussa la coquille de guingois de sa patte. Dans un mêêh d’adieu décidé, il propulsa mollement Cédric dans les remous verdâtres. Il commença à tournoyer. Il opérait des révolutions incontrôlables. Lentes girations panoramiques. Les quais lyonnais l’encadraient, l’étouffaient de leur hauteur. D’un pont, une gamine le railla… Les badauds effarés le pointaient du doigt. Une division d’aviron passa son chemin. Concentration intense.

Il déviait lentement ; quand sa giration lui montra ses anciens geôliers, il les vit barboter malicieusement dans la Saône. Le gorille dégoupillait ses flacons, prunelle de recherches. C’était le bain miraculeux. Le géant de la bande versait ce gel douche étonnant dans leur grande baignoire. L’eau se colorait… Des flaques huileuses flottaient, marées noires multicolores. Des bulles éclataient. Le soleil teintait l’œuvre d’une ouate lointaine. Les primates se barbouillèrent du mélange bizarre. Chaque flacon avait été scrupuleusement purgé de son produit. Toutes les poudres s’étaient volatilisées, embellies dans ce magma crémeux. Les primates nettoyèrent Barnabé et Caducée… Un bêlement heureux les remercia. Revigorés par la cure thermale improvisée, ils remontèrent la rive naturelle et disparurent.

Les flots silencieux enveloppaient Cédric qui se calma enfin. Il passait avec beaucoup d’eau sous les ponts lyonnais. Personne ne daignait l’aider. Définitivement résigné, il regardait défiler le paysage rhodanien… Basilique et cathédrale. Jusqu’où ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s