Soumission chimique

Comme presque tous les jeudis soir, une cohorte réduite de salariés d’Inevos s’extirpait de la station Cardinal Lemoine. La troupe marchait gaillardement, réduite aux effusions légèrement vaporeuses ; on avait pu profiter des générosités de l’employeur au fameux pot mensuel, alors sobrement baptisé « premier jeudi du mois ». On y but quelques coupes de champagne charitablement offertes par la direction. Laurent commandait son régiment de fidèles collègues : seuls restaient les plus sympathiques drilles dans cette escapade nocturne. L’hiver avait posé ses valises rigoureuses sur la capitale : les récoltants de marrons narraient des menaces orangées. On craignait des chutes de poudreuse historiques… Lire la suite

Saint-Jeoire

Je découvris assez tard la vaste maison de ma grand-mère paternelle. Un maelstrom familial, remuant furieusement la tourbe de maux sociétaux modernes, m’avait tenu à l’écart du creuset originel. C’était autre chose qu’un appartement exigu de banlieue grise. Établie sur les fondations d’une vieille grange bourrée de vaches et de foin, la grosse baraque savoyarde prit son allure contemporaine sous la supervision financière de mon grand-père drômois, heureux pharmacien.

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Rillieux-la-Pape

Petit, on m’emmenait souvent à Rillieux-la-Pape. Ma mère m’harnachait sur la banquette arrière ; je trônais sur mon rehausseur… Enfant content. Je me rêvais conducteur de bus ! Me croyant discret, je tournais un immense volent imaginaire et imitait les pets fréquents qu’émettaient ses gros engins. Je m’exerçais méthodiquement sur la route de Strasbourg. Ses zigzagues et ses ronds-points étaient un terrain de jeu appétissant. Le trajet s’achevait parmi les murailles de hauts immeubles terribles, monolithiques… Quel gigantisme ! L’avenue de l’Europe nous déportait jusqu’aux parkings toujours pleins. Derniers tours de piste… Une place ! Ma mère se précipitait, enfonçait la machine entre deux voitures inertes ; je dégazais une dernière semonce et libérais mes passagers irréels.

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Les évadés

Cédric n’avait plus de café ! « Scheiße! » se dit-il, reste très prégnant de ses nombreux séjours et stages en Bavière… C’était bien ce temps-là ! pensait-il en marchant gaillardement et en sifflant à tue-tête dans les couloirs de son labo. Il se sentait très en forme ce jour-là. De l’énergie à revendre… Mais très envie de café quand même. Il entra dans la cuisine de l’étage. Personne… C’était calme. Il jeta un coup d’œil à la grosse l’horloge ronde accrochée au mur. 9h23… Lire la suite